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Faux pas ou magouille?

Etrange Rumeur : « Mandat » contre Aristide ?
Quel a été le rôle d'Henri Céant?

by Kim Ives

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Que pensait au juste l'avocat Newton Saint-Juste quand il est allé sur les radios d'Haïti pour dénoncer un dossier qui peut ou ne pas inculper l'ancien président Jean-Bertrand Aristide et huit autres personnes à propos d’un ensemble de charges allant de détournement de fonds au trafic de drogue? Pourquoi un avocat commencerait-il à défendre son client avant que les procureurs rendent public un acte d'accusation?

La première chose à comprendre, c'est que ces accusations sont vieilles, de vieilles nouvelles. Elles ont été concoctées en 2004 par l'Unité Centrale de Recherche et d’Enquête Fiscale (UCREF), un organisme créé sous le régime de facto du Premier ministre Gérard Latortue, installé par les Etats-Unis après le coup d'État.

Les accusations qui étaient si farfelues que même les tribunaux irréguliers des de facto n’en tinrent pas compte. Elles avaient longtemps sommeillé dans un tiroir ... jusqu'à ce que quelqu'un, d’une façon ou d’une autre, ait « réactivé » le dossier en le transmettant au Cabinet d’instruction du Juge Mimose Janvier le 24 février.

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Les rumeurs de la réactivation ont commencé à circuler durant le week-end, mais ont explosé en un bref mais énorme scandale quand Maître Saint-Juste a confirmé l'histoire le 27 février : «Cette procédure judiciaire serait directement téléguidée par le Palais National », a dit St. Juste à l’émission de 4 :00 PM de Radio Kiskeya ce jour-là. « S'agissant de la gestion de l'ancien Président et des soupçons de corruption, a-t-il souligné, la Cour supérieure des comptes n'a jamais émis d'arrêt de débat, le seul élément qui, en droit administratif, pourrait justifier des poursuites légales. »

« Se yon manèv politik », a dit St. Juste à Haïti Liberté. « Se manipilasyon, se traktasyon, se pèsekisyon piblik » d’Aristide de la part du gouvernement du président Michel Martelly, un Aristide, qui, malgré son profil gardé bien bas depuis son retour en Haïti, le 18 mars 2011, après sept ans d'exil, reste encore le symbole politique le plus vénéré en Haïti.

Presque immédiatement a éclaté une vague d’indignation à travers Haïti et dans la diaspora. L’indignation à l’encontre de la nouvelle s’étalait à profusion aux coins de rue, sur les lignes téléphoniques, et lors d’interventions du public durant les programmes radiophoniques de Montréal, de New York, de Boston à Miami et à Port-au-Prince. « Est-ce que Martelly est suicidaire? », a demandé un auditeur qui a appelé sur Radio Pa Nou à Brooklyn. « Il va allumer la mèche d'un soulèvement national contre son régime corrompu s'il s’avise à toucher à un cheveu sur la tête d'Aristide! » Dans la nuit du 27 février, des centaines de personnes ont commencé à se mobiliser à Cité Soleil, planifiant une grande manifestation pour le lendemain.

Mais au même moment, le gouvernement a sorti une note pour apaiser la révolte en veilleuse: « Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique tient à apporter un démenti formel aux rumeurs selon lesquelles deux mandats auraient été émis à l’encontre de l’ancien Président Jean-Bertrand Aristide. Tout en affirmant son respect de l’indépendance du Pouvoir Judiciaire et de l’égalité de tous devant la loi, le Ministère invite la population en général et la Presse en particulier à ne pas se fier à des rumeurs fantaisistes, susceptibles de nuire au processus d’établissement de l’Etat de droit et à la politique de réconciliation nationale prônés par le Président de la République, Son Excellence Michel Joseph Martelly. »

La façon dont le dossier a été présenté sur Radio Kiskeya était erronée. Il n'y avait pas d'acte d’accusation, aucun mandat d'arrêt. Comme Maître Saint-Juste a dit à Haïti Liberté, « le juge dispose de trois mois pour décider quoi faire avec le dossier. » En d'autres termes, le juge Janvier peut travailler sur le dossier, ou le jeter à la poubelle.

Malheureusement, il semble que Newton Saint-Juste n'ait jamais discuté avec Aristide ou tout autre avocat de Aristide comme Camille Leblanc ou Mario Joseph, du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), du faire part public de la «réactivation».

« Ni le président Aristide, ni personne d'autre de Fanmi Lavalas n'ont jamais autorisé Newton Saint-Juste à aller dire ce qu'il a dit, » a commenté par téléphone la porte-parole de Fanmi Lavalas, Maryse Narcisse, à Haïti Liberté. « Nous l’avons su à la radio comme tous les autres. Un avocat de la défense n'est pas censé agir comme ça et dire ces sortes de choses. »

Alors, qui a dit à Maître Saint-Juste de commencer à dénoncer un dossier qui pourrait n’aboutir à rien et qui en fait a débouché sur une stupide publicité de racontars? La réponse: Henri Céant, l'ancien candidat à la présidence, ancien notaire d'Aristide, et maintenant un bon ami du président Michel Martelly, si l’on doit se fier à des photos sur FaceBook parues lors d’une fête donnée après l’inauguration de Martelly.

C’est maître Céant, et non pas Aristide, qui a donné à Newton Saint-Juste le feu vert pour dénoncer la «réactivation», a dit Saint-Juste à un autre avocat.

Le plus étrange encore, c'est que le dossier original de l’UCREF comportait le nom de Ginette Céant, la belle sœur de Henri Céant. Le dossier nouvellement « réactivé » n'incluait pas le nom de Ginette Céant.

Maître Henri Céant n'a pas pu être atteint pour sa version de l'histoire.

Aurait-il porté Newton Saint-Juste à parler du dossier dans le cadre d'une magouille avec le Président Martelly? Était-ce un honnête faux-pas de la part de Céant et de Saint-Juste, cherchant à défendre Aristide contre une poursuite injustifiée ? Telles sont les questions qui, nous l'espérons, seront clarifiées dans les jours à venir.

Avant d’aller sous presse, nous avons appris, selon Selon Radio Kiskeya, que Me Louis Newton Saint-Juste « a indiqué mardi que le dossier des poursuites judiciaires dont faisait l’objet l’ancien Président aurait disparu au cabinet d’instruction.
Me Saint-Juste affirme n’être pas encore en mesure d’identifier la main qui aurait emporté le document transféré le week-end écoulé au bureau de la juge Mimose A. Janvier. Mais, ce dont il est sûr, il ne s’agit pas d’une décision des autorités judiciaires compétentes »

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Résistance

Fanmi Lavalas

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